Stephen Daldry est un opportuniste : il a le flair pour dénicher des histoires fortes et s’entourer des interprètes adéquats. Après le petit danseur de Billy Elliot et les numéros d’actrices de The Hours, il s’empare du best-seller de Bernhard Schlink, l’histoire de la relation entre Michaël, un adolescent de seize ans, et Hanna, une femme plus âgée, qui s’avèrera ancienne gardienne de camps de concentration. Un sujet complexe car sujet à débats, pour lequel le réalisateur opte pour la manipulation lacrymale. Ce qu’il y a de plus détestable dans cet acharnement à filmer en gros plans une femme (Kate Winslet) abattue par des années de prison, c’est que Daldry l’utilise pour masquer sa désormais traditionnelle absence de mise en scènes, aux côtés de ses agaçantes (et tout aussi habituelles) fioritures : inutiles allées et venues dans le temps et, comme dans son précédent film, plaquage excessif de musique. Le réalisateur peine tout autant à mettre en place le suspense qu’il cherche à tout prix, le dénouement de chaque séquence étant téléphoné faute à une mise en scène manquant constamment de finesse et de subtilité.
Pourtant derrière ce style ( ?) d’une pénible lourdeur (dont le plus flagrant exemple est la découverte lors du procès de l’analphabétisme d’Hanna, avec de ridicules flashes-back subliminaux), le scénario pose des questions dérangeantes, de la pédophilie à la responsabilité des crimes nazis. Ainsi, sous ses airs de film révisionniste, The Reader s’attache en fait à décrire la complexité de l’âme humaine, en refusant le manichéisme rassurant. Il oppose dès lors deux comportements contradictoires (être le pion d’une dictature et avoir une soif de culture), réunis dans une figure féminine qui, si elle a commis des actes monstrueux, demeure un être humain. L’académisme de Daldry force le spectateur à juger Hanna par lui-même ; son film peut ainsi être rejeté en bloc en raison de son sentimentalisme (déplacé ?) ou amener d’intéressantes réflexions sur le mal, le pardon, l’histoire et la transmission d’un héritage culturel.
11/20
Avec Kate Winslet, Ralph Fiennes, David Kross, ...
Année de production : 2008






